Le compost est un amendement naturel à fabriquer soi-même avec les déchets de cuisine et du jardin, décomposés par les organismes vivants du sol. Réussir son compost tient à trois réglages : autant de déchets humides que secs, une bonne aération et une humidité d'éponge essorée, pour nourrir les plantes.
- Le mélange
- Une part de déchets verts (épluchures, tontes) pour une part de matière brune et sèche (feuilles mortes, broyat de taille).
- L'entretien
- Un brassage à la fourche toutes les quatre à six semaines, un tas ni détrempé ni poussiéreux.
- Le délai
- Un compost jeune en six mois environ, un compost mûr au bout d'un an, prêt pour les plantes du jardin.
Ce qui se passe dans un tas de compost
Le compostage est un processus biologique : des bactéries, des champignons, puis des vers, cloportes et collemboles découpent la matière organique jusqu'à la transformer en humus. Ce travail demande de l'oxygène, de l'eau et une nourriture variée, et c'est tout ce que le jardinier apporte. Le reste, la nature le règle seule : ces êtres vivants décomposent d'abord les végétaux tendres, puis, bien plus lentement, les copeaux et la sciure.
Le processus de compostage traverse trois étapes. Dans la première, les bactéries s'attaquent aux sucres des déchets frais et la température monte : au cœur du compost, un gros tas bien garni peut dépasser 50 °C pendant quelques jours. Vient ensuite une phase de refroidissement où les champignons dégradent la cellulose des tiges et du papier. La dernière, la phase de maturation, est la plus longue : les vers de terre et la petite faune transforment la masse en grumeaux sombres et stables.
Un composteur domestique chauffe rarement autant qu'une plateforme industrielle, parce qu'on le remplit par petites quantités. Ce n'est pas un défaut : le compostage domestique fonctionne à froid, simplement plus lentement. Il faut seulement savoir que les graines de mauvaises herbes et les maladies des plantes y survivent souvent, ce qui oriente le tri décrit plus bas.
Déchets verts et déchets bruns, le mélange qui évite les odeurs
Un compost équilibré associe deux familles de déchets. Les déchets verts, humides et riches en azote, regroupent les épluchures de fruits et de légumes, le marc de café, les sachets de thé sans agrafe, les restes de repas d'origine végétale, les tontes de gazon et les fleurs fanées. Les déchets bruns, secs et riches en carbone, sont les feuilles mortes, la paille, le broyat de branches, la sciure de bois brut, le papier essuie-tout non imprimé et le carton brun déchiré en petits morceaux.
Les spécialistes parlent d'un rapport carbone sur azote voisin de 25 à 30 pour 1. Au jardin, la règle pratique se résume à une part de vert pour une part de brun, en volume. L'erreur la plus fréquente est l'excès de vert : un seau d'épluchures après l'autre, une tonte entière versée d'un coup, et le tas devient une pâte collante qui sent l'ammoniac. L'excès inverse, un tas de feuilles sèches sans apport humide, ne pourrit pas mais ne bouge plus pendant des saisons.
La parade tient dans une réserve. Gardez à côté du composteur un sac de feuilles ramassées en novembre ou un tas de broyat de taille de haie, et ajoutez-en une poignée à chaque seau de cuisine. Les tontes de gazon se versent en couche fine, ou se laissent sécher une journée sur l'allée avant d'aller au bac. Plus les morceaux sont petits, plus la décomposition va vite : une branche coupée au sécateur en tronçons de quelques centimètres disparaît en une saison, une branche entière reste là des années.
Quels déchets composter, lesquels garder hors du bac ?
La liste des déchets à composter dépasse largement les épluchures. Le tableau ci-après classe les apports courants d'un foyer et d'un jardin selon leur comportement dans un composteur domestique.
| Volontiers | Avec modération | À écarter |
|---|---|---|
| Épluchures de légumes et de fruits, marc de café, filtres en papier | Agrumes, pelures d'oignon, restes cuits sans sauce | Viande, poisson, os, produits laitiers en quantité |
| Fleurs fanées, feuilles mortes, paille, broyat | Tontes de gazon, en couche fine | Plantes malades, mauvaises herbes montées en graines |
| Carton brun, papier essuie-tout non imprimé | Papier journal, coquilles d'œufs écrasées, cendres de bois froides | Litière de chat, papier glacé, sacs dits compostables non certifiés pour le compost domestique |
Les mauvaises herbes demandent un tri attentif, puisque le tas chauffe peu : arrachées avant la floraison, elles vont au compost sans risque ; montées en graines, leur place est en déchetterie, faute de quoi elles ressortent partout où l'on étale le compost. Pour limiter leur retour à la source, les méthodes pour désherber les allées et les massifs sans produit complètent ce tri. Les sacs plastiques présentés comme compostables posent un autre souci : beaucoup ne se dégradent qu'en plateforme industrielle et restent intacts dans un bac de jardin.
Où placer le composteur et quel modèle choisir
Un composteur se pose de préférence à mi-ombre, à l'abri du vent, directement sur la terre pour que les vers et les insectes puissent y monter. Le plein soleil dessèche le tas en été, l'ombre totale d'un conifère le refroidit. La distance compte aussi : un bac à trois pas de la porte de la cuisine reçoit bien plus d'épluchures qu'un bac caché au fond du terrain. Côté espace, un mètre carré suffit, avec un accès facile pour la brouette.
Trois formes coexistent au jardin. Le bac fermé, en bois ou en plastique recyclé, convient aux petits terrains et protège le contenu de la pluie et des animaux. Le compostage en tas, à l'air libre, accepte de gros volumes de feuilles et de tailles : il demande un peu plus de place et un retournement plus énergique. Le système à deux ou trois casiers, enfin, permet de remplir l'un pendant que l'autre mûrit, et de transvaser le contenu d'un casier à l'autre pour l'aérer d'un seul geste. Un silo en grillage, simple à fabriquer avec quatre piquets et un rouleau de treillis, reçoit les surplus d'automne à moindres frais. Pour choisir entre ces modèles, le besoin se mesure au volume de végétaux produits par le jardin plus qu'à la taille du foyer.
Pour le volume, un seul bac de 300 à 400 litres suffit aux déchets de cuisine d'un foyer de quatre personnes. Un grand jardin qui produit beaucoup de tontes et de feuilles gagne à ajouter un tas ouvert à côté, réservé à la matière brune, qui servira de réserve tout au long de l'année.
Aérer, arroser, couvrir : l'entretien du tas
Un tas de compost privé d'air fermente au lieu de se décomposer et dégage une odeur d'œuf pourri. Un brassage à la fourche toutes les quatre à six semaines, en ramenant les bords vers le centre, relance l'activité des organismes. Les aérateurs en spirale vendus en jardinerie rendent le geste moins pénible dans un bac étroit. Mélanger à chaque passage les apports récents aux couches plus anciennes accélère la décomposition, et ce petit entretien ne prend que quelques minutes.
L'humidité se contrôle à la main. Une poignée de compost serrée dans le poing doit laisser perler quelques gouttes, sans ruisseler. Un tas trop sec en plein été ne travaille plus : un arrosage léger le relance, de préférence avec l'eau de pluie, et l'installation d'une cuve pour récupérer l'eau de pluie du toit sert alors autant au compost qu'au potager. Un tas trop mouillé après un automne pluvieux réclame au contraire du carton déchiré, de la paille et un couvercle.
Couvrir le tas ouvert d'une vieille bâche respirante ou d'une couche de paille limite le lessivage par les averses, qui emporte une partie des éléments nutritifs vers le sous-sol. Un bac fermé n'en a pas besoin, à condition de garder son couvercle posé.
Compost qui sent, mouches et tas qui stagne : les ratés courants
Les problèmes d'un compost se lisent presque toujours à l'odeur et à la texture. Les questions ci-dessous reviennent chez les jardiniers qui débutent.
Pourquoi mon compost sent-il mauvais ?
Un compost qui sent mauvais manque d'air et contient trop de déchets humides. L'odeur d'ammoniac signale un excès de tontes ou d'épluchures, l'odeur d'œuf pourri un tas tassé. Un brassage complet et l'ajout de feuilles sèches ou de broyat règlent le problème en une à deux semaines.
Comment éviter les moucherons et les rongeurs ?
Les moucherons du compost viennent des épluchures laissées en surface. Recouvrir chaque apport de cuisine d'une poignée de matière brune suffit le plus souvent. Les rongeurs, eux, sont attirés par les restes de viande, de fromage ou de pain : les écarter du bac et poser un grillage fin sous le composteur les tient à distance, comme les autres animaux du voisinage.
Pourquoi le tas ne se décompose-t-il pas ?
Un tas qui reste inerte est généralement trop sec, trop pauvre en déchets verts ou composé de morceaux trop gros. Arroser, ajouter une tonte fraîche et broyer les branches relancent la décomposition. En hiver, le ralentissement est normal : l'activité reprend avec les premières chaleurs.
Faut-il ajouter un activateur de compost ?
Un activateur n'est pas nécessaire dans un compost au jardin bien équilibré : la terre et les déchets apportent déjà les micro-organismes utiles. Une pelletée de compost mûr ou de terre de jardin, jetée sur un tas neuf, joue le même rôle d'amorce sans aucun achat.
Le tas de compost saison par saison
Le compost suit le rythme du jardin, et chaque saison apporte ses déchets. Au printemps, l'activité repart : c'est le moment de tamiser le compost mûr de l'année précédente, de l'étaler sur les massifs et de commencer un nouveau tas avec les premières tontes, mélangées à la réserve de feuilles de l'automne.
En été, la chaleur accélère tout, mais le tas sèche vite. La surveillance porte sur l'humidité, et les tontes de gazon abondantes se répartissent sur plusieurs semaines plutôt que d'aller au bac d'un seul coup. L'automne fournit la matière brune de l'année : feuilles des arbres, tiges sèches des vivaces, déchets de taille des haies. Une partie va directement au composteur, le reste se stocke en sac ou en tas pour les mois suivants.
L'hiver ralentit la décomposition sans l'arrêter au cœur d'un gros tas. Les apports de cuisine continuent, couverts de broyat, et le compost frais de la fin d'automne peut déjà protéger le pied des arbustes. Les feuilles et branches qui débordent du composteur ont d'autres débouchés : broyage, paillage ou haie sèche, et les manières de valoriser tontes et branches sans les brûler évitent le trajet en déchetterie.
Reconnaître un compost mûr et l'utiliser au potager
Un compost mûr est brun foncé, friable, et sent la terre de forêt. On n'y reconnaît plus les déchets d'origine, à part quelques coquilles ou bouts de bois qu'un tamis à larges mailles retient et qui retournent dans le tas suivant. Pour obtenir un compost de ce type, comptez environ une année ; vers six mois, le compost jeune est encore grossier mais sert déjà en paillage.
Le compost mûr agit comme un amendement organique : il améliore la structure de la terre, retient l'eau en sol sableux et allège la terre argileuse. Ce n'est pas un engrais organique concentré comme le fumier séché ou la corne broyée, mais il nourrit lentement les plantes et la vie du sol. Au printemps, une couche de deux à trois centimètres sur les planches de légumes, griffée en surface, suffit ; pour les semis, on le mélange à part égale avec de la terre tamisée.
Le compost frais, encore chaud et grossier, ne va jamais au contact des racines ni dans les trous de plantation, où sa décomposition consomme l'azote du sol. Il se pose en surface, au pied des arbres et des arbustes, ou sur une planche laissée vide pour l'hiver. Produire son propre compost remplace ainsi une bonne partie du terreau et de l'engrais achetés chaque année en jardinerie, et les autres soins du jardin, du potager aux massifs en tirent parti. Jardiner avec son compost, c'est aussi utiliser le même cycle d'une année sur l'autre.
Composter sans grand jardin, et ce que la loi demande aux communes
Le compost domestique ne réclame pas forcément un terrain. Sur un balcon, un lombricomposteur à plateaux transforme les épluchures en compost et en jus fertilisant grâce à des vers spécialisés, sans odeur s'il est bien conduit. En immeuble, de nombreuses copropriétés installent un composteur partagé au pied des bâtiments, géré par des habitants volontaires.
Le compostage répond aussi à une obligation légale : depuis le 1er janvier 2024, chaque collectivité doit proposer à ses habitants une solution de tri à la source des biodéchets, par collecte séparée ou par compostage de proximité. Beaucoup de communes et d'intercommunalités distribuent pour cela des composteurs à tarif réduit, voire sans frais : un appel à la mairie avant tout achat vaut la peine. Selon l'ADEME, les biodéchets représentent encore près d'un tiers de nos poubelles d'ordures ménagères ; enfouis ou incinérés, ils produisent des gaz à effet de serre, alors que composter les épluchures et lutter contre le gaspillage alimentaire les rend au sol. Ce qu'un foyer cesse de jeter à la poubelle après chaque repas allège aussi la collecte des ordures.





